Lagon de Moorea, Polynésie française

Pas d'impôt sur le revenu en Polynésie : ce que vous payez à la place

Il n'y a pas d'impôt sur le revenu en Polynésie française : pas de déclaration du foyer, pas d'avis d'imposition, pas de barème à 30 ou 41 %. Mais vos revenus ne sont pas pour autant exonérés de tout. Chaque type de revenu a son prélèvement, retenu à la source dans la plupart des cas. Voici lesquels, avec les barèmes officiels de la DICP.

Pas d'impôt sur le revenu, mais six prélèvements sur les revenus

La formule exacte vient de la Direction des impôts et des contributions publiques (DICP) : « il n'existe pas en Polynésie française d'impôt général sur l'ensemble des revenus ». Le mot qui compte est général. La Polynésie, collectivité d'outre-mer qui vote ses propres impôts depuis la loi organique du 27 février 2004 (le cadre est expliqué sur notre page Tahiti et la France), taxe les revenus un par un plutôt que tous ensemble :

RevenuCe qui s'appliqueComment
Salaires, primes, pensions de retraiteCST-S, de 0,5 à 28 % par tranches du brut mensuelRetenue par l'employeur ou la caisse
Revenus de plusieurs payeurs ou d'une caisse hors PolynésieCST sur les revenus de sources multiples (CST-M)Déclaration semestrielle par vous-même
Activité indépendante, locationImpôt sur les transactions + CST-NS (0,75 à 5 % pour les services), patenteDéclaration annuelle avant le 31 mars
Dividendes de sociétés polynésiennesIRCM + CST de 5 %Retenus par la société
Propriété d'un logementImpôt foncier : 10 % de la valeur locative, abattue de 25 %, + centimes communauxAvis annuel
Revente d'un bien immobilierImposition des plus-values immobilières, jusqu'à 50 % en cas de revente dans les cinq ansAu moment de la vente

S'y ajoutent les cotisations CPS (12,8 % au plus pour un salarié), qui financent la santé et la retraite et relèvent du régime de protection sociale polynésien, et surtout la fiscalité sur la consommation : TVA de 16 % au taux normal et droits d'entrée sur les importations, détaillés dans notre page TVA et droits de douane.

La CST, le prélèvement qui remplace l'impôt sur le revenu

La contribution de solidarité territoriale sur les traitements, salaires, pensions, rentes viagères et indemnités (CST-S) concerne toute personne domiciliée en Polynésie, c'est-à-dire qui y a son foyer ou le lieu de son séjour principal, ou qui y exerce une activité professionnelle. Elle frappe deux familles de revenus : les revenus d'activité salariée (salaires, soldes, primes, avantages en nature) et les revenus de remplacement (pensions, retraites, rentes).

Quatre règles la distinguent de l'impôt métropolitain :

  • Elle se calcule sur le brut, chaque mois, et non sur un revenu net annuel.
  • Elle est retenue à la source par l'employeur ou la caisse de retraite, qui la reverse à la DICP avant le 15 du mois suivant. Un salarié n'a rien à déclarer.
  • Elle est individuelle : ni foyer, ni parts, ni quotient familial. Deux conjoints sont taxés chacun sur leur salaire, et des enfants à charge ne changent rien.
  • Sous 750 XPF de contribution, soit un revenu mensuel inférieur à 150 000 XPF, rien n'est prélevé.

Certaines sommes en sont exonérées : prestations familiales, allocations d'assistance, remboursements de frais professionnels, pensions alimentaires, indemnités et rentes d'accident du travail ou de maladie professionnelle, pensions militaires d'invalidité, et sous conditions la participation et l'intéressement.

Le barème de la CST en 2026, et ce qu'il coûte vraiment

Les taux s'appliquent par fractions du revenu brut mensuel, comme les tranches de l'impôt français. Source : le dépliant CST-S de la DICP.

Fraction du brut mensuelTaux
Jusqu'à 150 000 XPF0,5 %
De 150 001 à 250 000 XPF3 %
De 250 001 à 400 000 XPF5 %
De 400 001 à 700 000 XPF9 %
De 700 001 à 1 000 000 XPF11 %
De 1 000 001 à 1 250 000 XPF15 %
De 1 250 001 à 1 500 000 XPF18 %
De 1 500 001 à 1 750 000 XPF21 %
De 1 750 001 à 2 000 000 XPF24 %
De 2 000 001 à 2 500 000 XPF26 %
Au-delà de 2 500 000 XPF28 %
Brut mensuelCSTEn €Taux réel
150 000 XPF (≈ 1 257 €)750 XPF6 €0,5 %
250 000 XPF (≈ 2 095 €)3 750 XPF31 €1,5 %
367 000 XPF (exemple DICP)9 600 XPF80 €2,6 %
500 000 XPF (≈ 4 190 €)20 250 XPF170 €4,0 %
1 000 000 XPF (≈ 8 380 €)71 250 XPF597 €7,1 %
2 000 000 XPF (≈ 16 760 €)266 250 XPF2 231 €13,3 %

L'exemple officiel décompose un salaire de 367 000 XPF : 150 000 × 0,5 % = 750, plus 100 000 × 3 % = 3 000, plus 117 000 × 5 % = 5 850, soit 9 600 XPF par mois. Le taux réel reste sous 5 % jusqu'à environ 600 000 XPF brut, puis monte vite : le 28 % marginal pèse sur les très hauts salaires, où la CST dépasse 13 % du brut à 2 millions XPF.

Pour voir la CST et la CPS ensemble sur une fiche de paie, utilisez le simulateur brut-net de la CPS. Pour savoir ce que le même salaire vous laisserait en métropole, après impôt sur le revenu, c'est notre comparateur Polynésie-métropole.

Vendeur tatoué découpant une pastèque sur un étal de marché en Polynésie
Sans impôt général sur le revenu, le Pays se finance surtout à la caisse : TVA et droits d'entrée pèsent sur chaque achat.

Deux employeurs, une pension de France : la CST à déclarer soi-même

Chaque employeur applique le barème à ce qu'il verse, sans connaître le reste. Avec deux salaires, ou un salaire et une retraite, la progressivité serait contournée. D'où la CST sur les revenus de sources multiples (CST-M) : vous additionnez tous vos bruts du mois, appliquez le barème au total et déduisez ce qui a déjà été retenu.

  • La déclaration est semestrielle, mois par mois : avant le 31 juillet pour le premier semestre, avant le 31 janvier pour le second.
  • Elle concerne aussi toute personne dont le payeur est hors de Polynésie : une pension de la CNAV, de l'Agirc-Arrco ou du service des retraites de l'État, un salaire versé par une entreprise métropolitaine. Personne ne la retient pour vous, vous êtes redevable en personne.
  • La DICP recoupe les déclarations des payeurs. Un oubli se rattrape sur trois ans, avec une pénalité de 40 % en cas de manquement délibéré, selon sa fiche de prévention.

C'est le point que les retraités venus de métropole découvrent tard : leur pension française supporte la CST ici, et reste en plus imposable en France. Le calcul des deux, pension par pension, est sur notre page convention fiscale France-Polynésie, et le projet complet sur prendre sa retraite à Tahiti.

Indépendants et loueurs : impôt sur les transactions et CST-NS

Un entrepreneur individuel ne paie pas la CST-S. Il est soumis à la patente, à la TVA, à l'impôt sur les transactions (IT), assis sur son chiffre d'affaires, et à la CST sur les professions et activités non salariées (CST-NS), qui reprend la même base. Les taux de CST-NS vont de 0,75 à 5 % pour les prestataires de services et professions libérales, et de 0,4 à 3,25 % pour les commerçants. La déclaration d'IT se dépose au plus tard le 31 mars de l'année suivante (sauf pour l'entrepreneur au forfait TPE, dispensé de CST-NS : voir créer une entreprise en Polynésie).

Louer un logement, meublé ou non, relève du même régime : déclaration d'existence, IT et CST-NS sur les loyers, impôt foncier. Un loueur en meublé est exonéré de patente sous 2 millions XPF de recettes brutes annuelles, et les locations d'habitation échappent à la TVA, sauf hébergement touristique. Les loyers pratiqués sont sur notre page location longue durée à Tahiti.

Immobilier et placements : foncier, plus-values, IRCM

L'impôt foncier sur les propriétés bâties est dû pour l'année entière selon la situation au 1er janvier. Il vaut 10 % de la valeur locative, diminuée de 25 % pour frais, plus les centimes additionnels votés par la commune. Une construction neuve déclarée est exonérée 5 ans, puis à 50 % pendant 3 ans (fiche DICP). Revendre un bien rapidement coûte cher : la loi du pays n° 2021-55 porte l'imposition des plus-values immobilières à 50 % en cas de revente dans les cinq ans, dispositif validé par le Conseil d'État en mai 2022. Les frais d'achat, eux, sont chiffrés sur notre page acheter une maison à Tahiti.

Côté placements, les dividendes versés par une société polynésienne supportent l'impôt sur le revenu des capitaux mobiliers (IRCM), retenu par la société, et une CST de 5 % sur la même base. Les intérêts d'un compte ou d'un livret local et les plus-values sur titres ne supportent pas d'impôt de type métropolitain.

Ce qu'on ne paie vraiment pas en Polynésie

En métropoleEn Polynésie française
Impôt sur le revenu, barème jusqu'à 45 %Aucun. CST de 0,5 à 28 % sur les salaires et pensions
Quotient familial et partsAucun : chaque revenu est taxé seul
CSG-CRDS sur les revenus d'activitéAucune, remplacée par les cotisations CPS
Impôt sur la fortune immobilièreAucun (l'IFI français reste dû sur les biens situés en France)
Droits de successionAucun selon le guide officiel du Pays, sauf biens et héritiers en France
TVA à 20 %TVA à 16, 13 ou 5 %, plus les droits d'entrée

L'absence d'impôt sur le revenu se lit donc comme un transfert : le Pays prélève peu sur ce que vous gagnez et beaucoup sur ce que vous achetez. Pour un salaire moyen, le gain est net ; il s'amenuise quand on le rapporte au coût de la vie en Polynésie.

Et vos revenus de France ?

« Pas d'impôt sur le revenu » vaut pour la Polynésie. La France, elle, continue d'imposer ce qui vient de chez elle : loyers d'un appartement en métropole, pensions versées par une caisse française, plus-values sur un bien français. Pour le fisc français, la Polynésie est « hors de France » : vous y êtes non-résident, déclarant vos seuls revenus de source française avec un taux minimum de 20 %. La répartition revenu par revenu est sur la page qui impose quoi entre la France et la Polynésie, et les critères pour basculer, avec les formulaires de l'année du départ, sur celle consacrée à la résidence fiscale en Polynésie.

Contenu informatif, à jour en septembre 2026, pas un conseil fiscal. Les barèmes de la CST et de l'impôt foncier sont ceux publiés par la DICP ; ils évoluent avec les lois du pays. Pour une situation précise : DICP, 11 rue du commandant Destremau à Papeete, 40 46 13 13, ou mesimpots.gov.pf.

Pas d'impôt sur le revenu en Polynésie : questions fréquentes

Y a-t-il un impôt sur le revenu en Polynésie française ?

Non. La DICP le dit en une phrase : il n'existe pas en Polynésie française d'impôt général sur l'ensemble des revenus. Il n'y a donc ni déclaration de revenus du foyer, ni avis d'impôt sur le revenu. Chaque catégorie de revenu supporte en revanche son propre prélèvement : la CST sur les salaires et pensions, l'impôt sur les transactions pour les indépendants, l'IRCM sur les dividendes.

Combien de CST paie-t-on sur un salaire à Tahiti ?

La CST est calculée chaque mois sur le brut, par tranches : 0,5 % jusqu'à 150 000 XPF, 3 % jusqu'à 250 000, 5 % jusqu'à 400 000, 9 % jusqu'à 700 000, puis de 11 à 28 %. Pour 367 000 XPF brut, l'exemple officiel de la DICP donne 9 600 XPF, soit 2,6 % du salaire. Sous 150 000 XPF, rien n'est retenu.

Le quotient familial existe-t-il en Polynésie ?

Non. La CST porte sur chaque revenu, personne par personne. Il n'y a ni foyer fiscal, ni parts, ni déclaration commune. Un couple avec un seul salaire perd donc l'avantage du quotient conjugal qu'il aurait en métropole.

Les retraités paient-ils la CST ?

Oui, sur les pensions, avec le même barème que les salaires, et quel que soit le payeur. Une caisse polynésienne comme la CPS la retient à la source. Pour une pension versée depuis la France, c'est au retraité de la déclarer à la DICP, deux fois par an. Et une pension de source française reste en plus imposable en France.

Paie-t-on des impôts sur un bien immobilier en Polynésie ?

Oui. L'impôt foncier sur les propriétés bâties est égal à 10 % de la valeur locative, diminuée de 25 % pour frais, majoré des centimes additionnels de la commune. Les constructions neuves déclarées sont exonérées 5 ans, puis à moitié pendant 3 ans. Mettre le bien en location ajoute l'impôt sur les transactions, la CST-NS et parfois la patente.

Existe-t-il des droits de succession en Polynésie ?

Le guide de l'investisseur publié par le Pays indique qu'il n'existe pas de droits de succession ni d'impôt sur la fortune. Attention en revanche aux biens situés en France et aux héritiers domiciliés en France : ils relèvent des droits de succession français.