
Résidence fiscale en Polynésie : les critères et les démarches du départ
La résidence fiscale en Polynésie française ne se déclare pas, elle se constate. Le fisc français applique l'article 4 B du code général des impôts, la DICP applique sa propre définition du domicile, et aucune convention ne départage les deux. Voici les critères réels, pourquoi la « règle des 183 jours » est trompeuse, et les formulaires à remplir l'année où vous partez.
Deux fiscs, deux définitions de la résidence
Pour Paris, la Polynésie est un territoire « hors de France » sur le plan fiscal, comme le rappellent les services de l'État en Polynésie. Partir à Tahiti revient donc, pour votre déclaration, à partir à l'étranger : vous devenez non-résident, imposable en France sur vos seuls revenus de source française. Pour Papeete, vous êtes domicilié en Polynésie dès que vous y avez votre foyer ou votre séjour principal, ou que vous y exercez une activité professionnelle : c'est ce qui déclenche la CST sur les salaires et les pensions, le prélèvement qui remplace l'impôt sur le revenu.
| Critère | Vous restez résident français si… | Vous êtes domicilié en Polynésie si… |
|---|---|---|
| Foyer, lieu de séjour principal | Art. 4 B, 1 a : là où vit habituellement la famille ; à défaut, là où vous passez le plus de temps | Foyer ou lieu de séjour principal en Polynésie |
| Activité professionnelle | Art. 4 B, 1 b : activité principale exercée en France, salariée ou non | Activité professionnelle exercée en Polynésie |
| Intérêts économiques | Art. 4 B, 1 c : centre des investissements, du patrimoine, de la source principale des revenus | Non retenu pour la CST |
| Un seul critère suffit ? | Oui : remplir un seul des trois vous garde résident français | Oui : foyer ou activité suffit |
Les trois critères de l'article 4 B, un par un
L'article 4 B est alternatif : il suffit d'un seul critère rempli en France pour y rester résident. Pour devenir résident polynésien aux yeux de Bercy, il faut donc les couper tous les trois.
- Le foyer : le lieu où vivent habituellement votre conjoint et vos enfants. Si la famille reste à Bordeaux pendant que vous travaillez à Papeete, votre foyer reste en France, même avec 300 jours par an au fenua. C'est le critère qui piège le plus de départs échelonnés.
- L'activité professionnelle principale : un contrat local, une société immatriculée au registre de Papeete, un poste dans la fonction publique du Pays. Un télétravailleur qui garde un employeur français et facture depuis Moorea doit regarder de près où s'exerce son activité.
- Le centre des intérêts économiques : là où se trouve l'essentiel de vos revenus et de votre patrimoine. Un cadre dont les revenus viennent surtout de loyers et de dividendes français peut rester résident français par ce seul critère.
Les agents de l'État mutés relèvent en plus de règles propres aux agents publics (article 4 B, 2) : faites confirmer votre situation par votre service gestionnaire et votre centre des impôts avant le départ. Le volet financier de ces mutations est sur la page sursalaire et indexation.
Et la règle des 183 jours ?
Elle n'est pas écrite dans l'article 4 B. Les 183 jours servent de repère pour apprécier le lieu de séjour principal, et seulement quand le foyer ne permet pas de trancher (un célibataire sans famille, par exemple). Plus de six mois passés à Tahiti ne font pas de vous un résident polynésien si vous gardez votre famille ou votre emploi en métropole. À l'inverse, un nouvel arrivé installé en septembre avec sa famille et un contrat local est résident polynésien dès septembre, bien qu'il n'ait passé que quatre mois sur place cette année-là.
C'est pour cette raison que l'année du départ se coupe en deux, à une date précise, et non au 31 décembre.
Le vrai risque : être résident des deux côtés
Entre deux pays, une convention fiscale règle les conflits de résidence par une cascade de critères (foyer permanent, centre des intérêts vitaux, séjour habituel, nationalité). Entre la France et la Polynésie, il n'y en a pas : la seule convention, signée en 1957, ne vise que les revenus de capitaux mobiliers, comme l'explique notre page convention fiscale France-Polynésie.
Conséquence : si le fisc français vous juge toujours résident (famille restée en France, par exemple), il peut imposer votre salaire polynésien au barème français, alors que la DICP a déjà prélevé la CST dessus, sans mécanisme conventionnel pour effacer le doublon. La seule protection est un départ net : famille, emploi et intérêts économiques transférés ensemble, à une date qu'on peut prouver.

Les démarches de l'année du départ
Vous partez en 2026 : c'est au printemps 2027 que tout se joue. Voici le calendrier, côté France et côté Polynésie.
| Quand | Côté France | Côté Polynésie |
|---|---|---|
| Avant le départ | Changer l'adresse dans l'espace particulier d'impots.gouv.fr, garder numéro fiscal et accès en ligne | Rien d'obligatoire : la CST sera retenue sur votre paie dès le premier salaire |
| Printemps suivant (campagne 2026 : jusqu'au 21 mai, 11 h 59 heure de Tahiti) | Déclaration 2042 : revenus du 1er janvier au jour du départ, date de départ et nouvelle adresse. Annexe 2042-NR : revenus de source française perçus après le départ | Déclaration semestrielle de CST si vous avez plusieurs payeurs ou un payeur hors Polynésie |
| Interlocuteur l'année du départ | Le service des impôts des particuliers de votre ancien domicile | DICP, 11 rue du commandant Destremau, Papeete |
| Années suivantes | Déclaration des seuls revenus de source française, s'il y en a, auprès du SIP des non-résidents | CST retenue à la source ; CST multirevenus avant le 31 juillet et le 31 janvier |
Les deux déclarations de l'année du départ :
- La 2042 (et la 2042-RICI si vous avez des réductions d'impôt), avec tous vos revenus du 1er janvier au jour du départ, la date précise du départ et votre adresse polynésienne en page 1.
- L'annexe 2042-NR, avec les seuls revenus de source française perçus du lendemain du départ au 31 décembre : loyers d'un bien gardé en France, pension d'une caisse française. Inutile si vous n'en avez pas.
Les salaires perçus à Tahiti après le départ ne figurent nulle part côté France : ils relèvent de la seule CST. Si vous déménagez vos meubles, le calendrier du conteneur et du dédouanement est sur notre page déménager en Polynésie.
Les années suivantes : non-résident en France
Dès la première année pleine au fenua, votre interlocuteur devient le service des impôts des particuliers non-résidents (10 rue du Centre, TSA 10010, 93465 Noisy-le-Grand Cedex, 00 33 1 72 95 20 42, ou la messagerie de votre espace en ligne). Vous ne déclarez plus que vos revenus de source française, avec trois règles propres aux non-résidents :
- un taux minimum de 20 % jusqu'à 29 579 € de revenu net imposable, 30 % au-delà (revenus 2025, article 197 A du CGI), sauf à prouver qu'un taux moyen calculé sur vos revenus mondiaux serait plus bas ;
- aucune charge déductible du revenu global (article 164 A) ;
- une retenue à la source sur les pensions et salaires français, à reporter case 8TA avec l'annexe 2041 E.
Côté Polynésie, un salarié n'a rien à déclarer. Seuls ceux qui ont plusieurs payeurs, ou un payeur hors du territoire, déposent la déclaration de CST multirevenus deux fois par an. Et pour ouvrir votre compte local et recevoir votre salaire, voyez notre comparatif des banques en Polynésie.
Prouver sa résidence polynésienne
Une banque française, une caisse de retraite ou le fisc vous demanderont un jour une « attestation de résidence fiscale ». Elle n'existe pas en Polynésie. La DICP l'écrit dans une note d'information (arrêté n° 547/CM du 6 mai 2015) : sans impôt général sur le revenu, elle ne peut délivrer ni attestation de résidence fiscale ni avis de non-imposition, ni remplir un formulaire étranger. Ce qu'elle fournit :
- une attestation d'inscription aux impôts qu'elle gère (CST, patente, foncier) pour l'année en cours ;
- la note d'information elle-même, à joindre à votre réponse ;
- un modèle d'attestation sur l'honneur, et, à côté, un certificat de résidence délivré par votre mairie.
Gardez aussi le dossier qui montre que le départ est réel : contrat de travail local, bail ou acte d'achat, bulletins de paie avec la CST, relevés d'une banque polynésienne, inscription des enfants à l'école, affiliation à la CPS, résiliation du bail et des abonnements en France.
Exit tax : qui est concerné en partant pour Tahiti
La Polynésie étant hors de France, le départ peut déclencher l'exit tax sur les plus-values latentes de vos titres. Elle vise, selon impots.gouv.fr, le contribuable résident fiscal français au moins 6 des 10 années précédant le départ et qui détient des titres valant au moins 800 000 €, ou au moins 50 % des bénéfices d'une société. Le formulaire 2074-ETD se dépose l'année suivant le départ ; un sursis de paiement est possible, et l'impôt est dégrevé si les titres sont conservés 2 ans (5 ans au-delà de 2,57 millions d'euros). Un chef d'entreprise concerné doit faire ce calcul avant de réserver son billet.
Résidence fiscale en Polynésie : questions fréquentes
Quand devient-on résident fiscal en Polynésie ?
Aux yeux du fisc français, à la date où vous n'avez plus en France ni votre foyer, ni votre activité professionnelle principale, ni le centre de vos intérêts économiques (article 4 B du CGI). Côté polynésien, la CST s'applique dès que vous avez votre foyer ou le lieu de votre séjour principal au fenua, ou que vous y travaillez. En pratique, c'est la date du déménagement effectif de la famille et du début du contrat local.
La règle des 183 jours s'applique-t-elle en Polynésie ?
Pas comme on le croit. Le chiffre de 183 jours ne figure pas à l'article 4 B du CGI : c'est un repère pour apprécier le lieu de séjour principal quand le foyer ne permet pas de trancher. Passer plus de six mois à Tahiti ne suffit pas si la famille, l'emploi ou le patrimoine restent en métropole, et il n'existe aucune convention France-Polynésie pour départager les deux fiscs.
Quels formulaires remplir l'année du départ pour Tahiti ?
Une déclaration 2042 pour les revenus du 1er janvier à la date du départ, avec cette date et votre nouvelle adresse en page 1, et une annexe 2042-NR pour les revenus de source française perçus ensuite jusqu'au 31 décembre. Sans revenu français après le départ, la 2042-NR est inutile. Pour le fisc français, la Polynésie est hors de France.
Peut-on obtenir une attestation de résidence fiscale en Polynésie ?
Non, pas au sens métropolitain. En l'absence d'impôt général sur le revenu, la DICP ne délivre ni attestation de résidence fiscale ni avis de non-imposition, et ne remplit pas les formulaires d'organismes extérieurs. Elle peut attester de votre inscription aux impôts qu'elle gère, à compléter par un certificat de résidence de la mairie.
Doit-on encore déclarer ses revenus en France une fois à Tahiti ?
Oui, si vous percevez des revenus de source française : loyers d'un bien en France, pension d'une caisse française, plus-values immobilières. Vous les déclarez comme non-résident, auprès du service des impôts des particuliers non-résidents, avec un taux minimum de 20 % jusqu'à 29 579 € et 30 % au-delà (revenus 2025), sauf à justifier d'un taux moyen plus bas.