Drapeau de la Polynésie française flottant à Tahiti

Tahiti et la France : quel statut pour la Polynésie ?

Oui, Tahiti est en France. L'île appartient à la Polynésie française, une collectivité d'outre-mer de la République, à 15 700 km de Paris. Mais ce morceau de France vote ses propres impôts, paie en franc pacifique et se trouve en dehors de l'Union européenne. Voici où passe exactement la frontière.

La réponse en quatre points

  • Territoire français : les Polynésiens sont français, votent aux élections nationales et envoient des parlementaires à Paris.
  • Mais autonome : impôts, santé, travail et écoles se décident à Papeete, pas à Paris.
  • Monnaie propre : le franc pacifique (XPF), pas l'euro.
  • Hors Union européenne : territoire associé, mais habitants citoyens européens.

Tahiti fait-elle partie de la France ?

Sans ambiguïté, oui. Tahiti est un territoire de la République française, au même titre que la Bretagne ou la Corse sur le plan de la nationalité. Un enfant né à Papeete est français de naissance. Les habitants détiennent une carte d'identité et un passeport français, votent à la présidentielle, et élisent trois députés à l'Assemblée nationale ainsi que deux sénateurs. Le drapeau français flotte sur les bâtiments publics, à côté du drapeau polynésien.

Ce qui trouble, c'est la distance et l'autonomie. La Polynésie se trouve à l'autre bout du globe, dans le Pacifique Sud, à environ 22 heures de vol de Paris. Et beaucoup de règles qui s'appliquent en métropole n'y ont aucune valeur. D'où l'impression, fausse, d'être dans un pays étranger dès l'atterrissage.

Tahiti ou Polynésie française : quelle différence ?

On confond les deux en permanence. Tahiti est une île, la plus grande et la plus peuplée, celle qui abrite Papeete et le seul aéroport international. La Polynésie française est le territoire entier, soit 118 îles réparties en cinq archipels (Société, Tuamotu, Marquises, Australes, Gambier) sur une zone maritime grande comme l'Europe.

Autrement dit, Tahiti n'a pas de statut politique à elle. Elle n'est pas une collectivité : elle fait partie d'une collectivité. Quand on demande si Tahiti est en France, la vraie question porte sur le statut de la Polynésie française. Le nom de l'île sert simplement de raccourci, y compris dans la communication touristique officielle.

Qui décide quoi en Polynésie française ?

Choisissez un niveau, puis ouvrez une compétence pour voir ce qu'elle change concrètement.

Répartition fixée par la loi organique du 27 février 2004 portant statut d'autonomie de la Polynésie française.

Une collectivité d'outre-mer autonome

Le statut actuel vient de la loi organique du 27 février 2004. Elle classe la Polynésie parmi les collectivités d'outre-mer régies par l'article 74 de la Constitution, et lui donne une qualification qu'aucun autre territoire français ne porte : celle de pays d'outre-mer au sein de la République. C'est de là que vient le sigle POM, employé localement pour marquer la différence avec les départements d'outre-mer.

Le mécanisme est l'inverse de celui de la métropole. En France hexagonale, une collectivité exerce les compétences que l'État lui délègue. En Polynésie, c'est l'État qui détient une liste fermée de compétences, et le Pays garde tout le reste par défaut. Conséquence directe : une loi votée à Paris ne s'applique pas automatiquement à Tahiti, il faut qu'elle le prévoie expressément.

Les institutions polynésiennes

  • L'Assemblée de la Polynésie française : 57 représentants élus pour cinq ans, qui votent des textes appelés lois du pays.
  • Le président de la Polynésie française : élu par l'Assemblée, il dirige un gouvernement local avec ses ministres.
  • Le haut-commissaire de la République : nommé par Paris, il représente l'État et exerce les compétences qui lui restent.

Ni département, ni DOM

La Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte sont des départements et régions d'outre-mer. Le droit français y est intégralement applicable, ce sont des régions ultrapériphériques de l'Union européenne, et on y paie en euros. La Polynésie ne coche aucune de ces cases. Elle se rapproche davantage de la Nouvelle-Calédonie, l'autre grand territoire français du Pacifique, même si le statut calédonien va plus loin encore.

Ce que la Polynésie gère elle-même

L'autonomie n'est pas symbolique. Elle touche les domaines qui pèsent le plus lourd dans une vie quotidienne, et c'est ce qui surprend le plus les arrivants.

La fiscalité d'abord. La Polynésie vote ses propres impôts et ne connaît pas d'impôt sur le revenu. Les recettes viennent surtout des taxes à l'importation et de la TVA locale. Si vous gardez des revenus en métropole, c'est la convention fiscale entre la France et la Polynésie qui règle qui taxe quoi et évite la double imposition.

La protection sociale ensuite. Il n'y a pas de Sécurité sociale en Polynésie : la Caisse de prévoyance sociale est un organisme polynésien, avec ses cotisations et ses taux de remboursement propres. Une carte Vitale ne sert à rien sur place, et les droits ouverts en métropole ne se transfèrent pas automatiquement.

Le droit du travail enfin. Le code du travail polynésien est un texte local, avec son propre salaire minimum. Une règle en particulier n'a pas d'équivalent métropolitain : la priorité à l'emploi local, qui favorise à compétences égales les candidats justifiant d'une durée de résidence sur le territoire. Le détail des secteurs, des salaires et des démarches est sur notre page travailler en Polynésie française.

La monnaie : le franc pacifique, pas l'euro

On paie en franc pacifique, code XPF, parfois appelé franc CFP. Une addition à Papeete s'affiche en milliers de francs, ce qui déroute les premiers jours. La parité est fixe : 1 000 XPF = 8,38 euros, soit environ 119,33 XPF pour un euro. Aucune fluctuation, aucun risque de change.

Le franc pacifique est émis par l'Institut d'émission d'outre-mer et sa valeur est garantie par le Trésor français. Une monnaie à part, donc, mais adossée à la France : l'autonomie s'arrête là où commence la création monétaire. Pour convertir vos montants et comprendre où changer sur place, passez par notre convertisseur franc pacifique en euro.

La Polynésie est-elle dans l'Union européenne ?

Non, et c'est le point le moins connu. La Polynésie française est un pays et territoire d'outre-mer (PTOM), simplement associé à l'Union européenne. Le droit européen ne s'y applique pas, le territoire reste en dehors de l'union douanière et de la TVA communautaire, ce qui explique les taxes à l'importation sur les colis venus de métropole.

Les habitants, eux, sont bien citoyens européens, puisqu'ils sont français. Ils votent aux élections européennes et circulent librement en Europe. La citoyenneté suit la nationalité, pas la géographie.

Depuis quand Tahiti est-elle française ?

Le rattachement s'est fait en deux temps au XIXe siècle, puis le statut n'a cessé de gagner en autonomie au XXe. Voici les six dates qui comptent.

  1. 1842 · Le protectorat

    La reine Pomare IV signe, sous la pression de l'amiral Dupetit-Thouars, un traité de protectorat. Tahiti garde sa monarchie, mais la France prend la main sur les affaires extérieures.

  2. 1880 · L'annexion

    Le roi Pomare V cède Tahiti et ses dépendances à la France. Naissent les Établissements français de l'Océanie, et les Tahitiens deviennent citoyens français.

  3. 1946 · Territoire d'outre-mer

    La Constitution de la IVe République fait des Établissements un territoire d'outre-mer. Le régime de l'indigénat disparaît et la citoyenneté devient pleine et entière.

  4. 1957 · Le nom actuel

    Le territoire prend officiellement le nom de Polynésie française. Tahiti n'en est qu'une île, la plus peuplée, et cesse de désigner l'ensemble.

  5. 1984 · L'autonomie interne

    Un premier vrai statut d'autonomie crée un gouvernement local dirigé par un président polynésien. Le territoire commence à légiférer sur ses propres affaires.

  6. 2004 · Le statut d'aujourd'hui

    La loi organique du 27 février 2004 fait de la Polynésie une collectivité d'outre-mer qualifiée de pays d'outre-mer, avec la répartition des compétences encore en vigueur.

Reste le mot qui fâche. Au sens juridique, la Polynésie n'est plus une colonie depuis 1946 : les habitants sont citoyens français de plein droit et se gouvernent en partie eux-mêmes. Le débat politique existe malgré tout, porté par les partis indépendantistes, et le territoire a été réinscrit en 2013 sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU. Aucun référendum d'autodétermination n'est programmé à ce jour, contrairement à la Nouvelle-Calédonie.

Ce que ça change pour un métropolitain

Vous pouvez vous installer à Tahiti sans visa, sans titre de séjour et sans autorisation : c'est la France. Mais rien ne fonctionne comme en métropole une fois sur place, et mieux vaut le savoir avant de faire ses cartons.

La liste ci-dessous reprend les six différences qui reviennent le plus souvent chez les nouveaux arrivants. Aucune n'est bloquante, mais chacune demande une démarche que personne n'anticipe depuis la métropole.

Route côtière au pied des montagnes à Tahiti, Polynésie française
Un territoire français, avec ses propres règles du quotidien.
  • Les papiers : une carte d'identité suffit en droit, mais prévoyez le passeport. Aucun vol n'est direct et les escales passent par les États-Unis ou le Canada, qui exigent passeport et autorisation de voyage.
  • Le téléphone : votre forfait métropolitain ne couvre pas la Polynésie, l'indicatif +689 est un indicatif international et le décalage horaire atteint 11 à 12 heures.
  • La santé : la carte Vitale ne sert à rien, il faut s'affilier à la CPS ou souscrire une couverture adaptée le temps de la transition.
  • Les impôts : pas d'impôt sur le revenu localement, mais des taxes à l'importation élevées et une résidence fiscale à clarifier si vous gardez des revenus en France.
  • L'emploi : le code du travail est polynésien et la priorité à l'emploi local s'applique à compétences égales.
  • Les prix : tout s'affiche en XPF, et le coût de la vie dépasse nettement celui de la métropole sur les produits importés.

Visualiser la distance

Le statut est une chose, l'éloignement en est une autre. Pour mesurer ce que 15 700 km représentent vraiment, ouvrez notre page la Polynésie sur la carte du monde : position, distances et étendue des archipels.

Statut de Tahiti : questions fréquentes

Tahiti fait-elle partie de la France ?

Oui. Tahiti est une île de la Polynésie française, une collectivité d'outre-mer de la République française. Les habitants sont français, votent aux élections nationales et élisent des députés et des sénateurs. La Polynésie dispose toutefois d'une large autonomie et gère elle-même sa fiscalité, sa santé et son droit du travail.

Tahiti est-elle un département français ?

Non. Ce n'est ni un département ni une région d'outre-mer, contrairement à la Guadeloupe, la Martinique, la Guyane, La Réunion et Mayotte. La Polynésie française est une collectivité d'outre-mer régie par l'article 74 de la Constitution, où les lois métropolitaines ne s'appliquent pas automatiquement.

Quelle monnaie utilise-t-on à Tahiti ?

Le franc pacifique (XPF), pas l'euro. Sa valeur est fixe : 1 000 XPF valent 8,38 euros, soit environ 119,33 XPF pour un euro. Cette parité est garantie par le Trésor français et ne bouge pas selon les marchés.

Faut-il un passeport pour aller à Tahiti ?

Juridiquement non : pour un Français, une carte nationale d'identité valide suffit puisque le trajet reste national. En pratique le passeport est indispensable, car aucun vol n'est direct et toutes les escales passent par un pays tiers, le plus souvent les États-Unis ou le Canada, qui exigent un passeport et une autorisation de voyage.

La Polynésie française fait-elle partie de l'Union européenne ?

Non. C'est un pays et territoire d'outre-mer (PTOM) associé à l'Union sans en faire partie : le droit européen, l'union douanière et la TVA communautaire ne s'y appliquent pas. Les Polynésiens restent en revanche citoyens européens puisqu'ils sont français, et votent aux élections européennes.

Tahiti est-elle encore une colonie française ?

Non au sens juridique : depuis 1946 il n'y a plus de statut colonial, et les Polynésiens sont des citoyens français de plein droit avec un gouvernement local élu. Le débat existe malgré tout, la Polynésie ayant été réinscrite en 2013 sur la liste des territoires non autonomes de l'ONU à la demande d'élus indépendantistes.