
Congés bonifiés en Polynésie française : qui y a droit, et ce qui est payé
Mis à jour le 21 septembre 2026
Les congés bonifiés en Polynésie existent depuis la réforme du 2 juillet 2020, mais dans un seul sens : ils financent le retour au fenua d'un agent de l'État originaire de Polynésie qui travaille en métropole ou dans un DOM. Un fonctionnaire métropolitain muté à Tahiti n'y a pas droit.
Pour ceux qui remplissent les conditions, le congé dure 31 jours, revient tous les 24 mois, et comprend les billets de la famille et une majoration du traitement de 84 %. Voici les règles, tirées du guide des congés bonifiés de la DGAFP et de la fiche Service-Public.
Congé bonifié et Polynésie : qui y a droit ?
Tout dépend de deux lieux : celui où vous travaillez et celui où se trouve votre centre des intérêts moraux et matériels (CIMM). Le décret n° 2020-851 a ajouté les agents dont le CIMM est dans une collectivité du Pacifique (Polynésie, Nouvelle-Calédonie, Wallis-et-Futuna), qui en étaient exclus jusque-là.
| Votre situation | Congé bonifié ? | Pourquoi |
|---|---|---|
| Agent de l'État en poste en métropole, CIMM en Polynésie | Oui, depuis le 5 juillet 2020 | Le cas type : le congé finance le retour au fenua. |
| Agent de l'État en poste dans un DOM (Réunion, Guadeloupe…), CIMM en Polynésie | Oui | Le décret vise aussi les agents en service outre-mer dont le CIMM est dans une autre collectivité. |
| Agent de l'État muté en Polynésie, CIMM en métropole | Non | Il relève du congé administratif de fin de séjour (décret 96-1026). |
| Fonctionnaire territorial ou hospitalier, CIMM en Polynésie | Non | La réforme de 2020 n'a ouvert le Pacifique qu'à la fonction publique de l'État. |
| Agent en CDD, salarié du privé | Non | Seuls titulaires, stagiaires, magistrats et agents de l'État en CDI sont visés. |
L'exclusion des territoriaux et hospitaliers originaires du Pacifique est la plus mal vécue. Elle a fait l'objet de questions écrites au Parlement, dont la question n° 14911 à l'Assemblée nationale. Le texte n'a pas changé depuis.
Les conditions : 24 mois de service, 31 jours de congé
- 24 mois de service ininterrompu, congé compris. Un agent entré en fonctions le 1er janvier 2025 peut partir dès le 1er décembre 2026, les 31 jours du congé bouclant les 24 mois.
- 31 jours consécutifs au plus, week-ends et jours fériés inclus. Ils se prennent sur les congés annuels, les RTT ou le compte épargne-temps.
- Délais de route : une autorisation d'absence d'un jour à l'aller et d'un jour au retour peut s'ajouter. Avec 22 heures de trajet et le décalage de 11 ou 12 heures, demandez-la.
- Statut : titulaire, stagiaire, magistrat ou agent de l'État en CDI. Pour les agents du Pacifique, nouvellement éligibles, les premiers départs ont été possibles à partir du 5 juin 2022.
Avec 25 jours de congés annuels, un départ de 31 jours oblige à fractionner le reste de l'année. Une dérogation permet d'accoler d'autres jours de congé si le service l'accepte, mais sans majoration de traitement ni billet décalé.
Ce qui est payé : billets, bagages, majoration de 84 %
| Poste | Règle |
|---|---|
| Billet de l'agent | 100 %, aller-retour jusqu'au lieu du CIMM |
| Enfants à charge | 100 %, même s'ils voyagent à d'autres dates |
| Conjoint, concubin, partenaire de Pacs | 100 % si ses revenus ne dépassent pas 18 552 € bruts par an (revenu fiscal de référence N-1) |
| Bagages | 40 kg par personne |
| Majoration du traitement | 84 % du traitement indiciaire de base aux îles du Vent et Sous-le-Vent, 108 % dans les autres archipels |
| Trajets à l'intérieur de la Polynésie | Non pris en charge (vol Air Tahiti vers les îles à vos frais) |
L'enjeu est réel. Un aller-retour Paris-Papeete coûte couramment 1 100 à 2 100 € par personne selon la saison (notre page vol Paris-Tahiti détaille les prix). Pour une famille de quatre en juillet, la prise en charge dépasse souvent 7 000 €. La majoration de 84 %, versée du lendemain de l'arrivée à la veille du départ, correspond aux coefficients de l'indexation des fonctionnaires en Polynésie. Si votre famille vit aux Marquises ou aux Tuamotu, le vol intérieur reste à votre charge : comptez-le.

Prouver que son CIMM est en Polynésie
Le CIMM s'apprécie sur un faisceau d'indices. Aucun n'est obligatoire à lui seul, et l'administration ne peut pas refuser pour l'absence d'un critère précis (avis du Conseil d'État du 7 avril 1981). Les indices listés par la DGAFP :
- domicile des parents ou des proches (frères, sœurs, enfants) ;
- lieu de naissance de l'agent et de ses enfants ;
- domicile avant l'entrée dans l'administration, scolarité ou études sur le territoire ;
- biens fonciers détenus ou loués, comptes bancaires ;
- inscription sur les listes électorales ;
- demandes de mutation répétées vers la Polynésie, fréquence et durée des séjours ;
- lieu de sépulture des parents les plus proches.
Côté pièces : extrait d'acte de naissance de moins de trois mois, attestation de résidence des parents établie par la mairie, titre de propriété ou bail, certificats de scolarité. Une fois reconnu, le CIMM vaut six ans, que la reconnaissance vienne d'une demande de congé ou d'une priorité de mutation. Un refus doit être motivé et se conteste dans les deux mois, par recours gracieux ou devant le tribunal administratif.
Anticiper, reporter : caler le congé sur les vacances
Un agent qui a des enfants scolarisés peut être autorisé à partir dès le premier jour du 19e mois de service, pour faire coïncider le congé avec les vacances scolaires. Inversement, le congé peut être reporté dans les douze mois qui suivent la décision qui l'accorde. Les nouveaux droits, eux, courent dès le 25e mois, même si vous avez différé.
Attention au calendrier polynésien : l'été métropolitain correspond à l'hiver austral, la saison sèche et la plus fréquentée, avec les vols les plus chers. Le guide des saisons à Tahiti aide à choisir.
Métropolitains en poste en Polynésie : le congé administratif
L'agent muté de métropole relève du décret n° 96-1026 du 26 novembre 1996. Son affectation est limitée à deux ans, renouvelable une fois. À la fin du séjour (ou du second séjour en cas de renouvellement), il a droit à un congé administratif de deux mois, en plus de ses congés annuels. Ce congé ne se fractionne pas, ne se reporte pas, et la durée du voyage s'impute dessus.
Le voyage retour et l'indemnité forfaitaire de changement de résidence sont pris en charge par l'administration de rattachement, le vice-rectorat pour les enseignants. Un agent dont le CIMM est en Polynésie et qui y travaille bénéficie, lui, de ce congé administratif après chaque période de quatre ans. Les détails par corps sont sur les pages enseigner en Polynésie et gendarmerie en Polynésie.
La demande, pas à pas
- Vérifiez la date d'ouverture : 24 mois de service, ou 19 mois avec des enfants scolarisés.
- Constituez le dossier CIMM si vous n'avez pas de reconnaissance de moins de six ans.
- Déposez la demande auprès de votre gestionnaire RH avec les dates de départ et de retour de chaque ayant droit.
- Joignez le revenu fiscal de référence du conjoint pour sa prise en charge.
- Attendez la décision avant d'acheter quoi que ce soit : c'est l'administration qui réserve ou rembourse selon ses règles.
Pendant le séjour, une affiliation santé pose rarement problème : vous restez couvert par votre caisse de métropole, dont la CPS sert les soins par coordination (voir santé en Polynésie).
Congés bonifiés en Polynésie : questions fréquentes
Les fonctionnaires en poste en Polynésie ont-ils droit aux congés bonifiés ?
Non, pas un agent venu de métropole. Le guide de la DGAFP exclut expressément les agents qui exercent dans une collectivité d'outre-mer et dont le CIMM est en métropole. Eux bénéficient du congé administratif de deux mois prévu par le décret 96-1026 à la fin de leur séjour. Le congé bonifié vise le sens inverse : un agent de l'État dont le CIMM est en Polynésie et qui travaille en métropole ou dans un DOM.
Quelles sont les conditions pour bénéficier d'un congé bonifié vers la Polynésie ?
Être magistrat, fonctionnaire titulaire ou stagiaire, ou agent de l'État en CDI, en poste sur le territoire européen de la France ou dans un DOM, avoir son centre des intérêts moraux et matériels (CIMM) en Polynésie, et justifier de 24 mois de service ininterrompu. Le congé dure 31 jours consécutifs au plus.
Le billet du conjoint est-il pris en charge ?
Oui si ses revenus ne dépassent pas 18 552 € bruts par an, apprécié sur le revenu fiscal de référence de l'année précédant l'ouverture du droit. Les enfants à charge sont pris en charge intégralement, sans condition de revenus, et peuvent voyager à d'autres dates que l'agent.
Un fonctionnaire territorial originaire de Tahiti peut-il en bénéficier ?
Non. Pour la fonction publique territoriale et hospitalière, le droit reste limité aux agents dont le CIMM est dans un DOM, à Saint-Pierre-et-Miquelon, Saint-Barthélemy ou Saint-Martin. Des parlementaires ont demandé son extension aux originaires du Pacifique, sans suite réglementaire à ce jour.
Quand la campagne de congés bonifiés 2026 est-elle ouverte ?
Il n'y a pas de campagne nationale unique : chaque administration fixe son calendrier et demande en général les dates de départ plusieurs mois à l'avance pour réserver les billets. Renseignez-vous auprès de votre gestionnaire RH dès l'ouverture de vos droits, surtout pour un départ pendant les vacances d'été.
Combien touche-t-on pendant un congé bonifié à Tahiti ?
Son traitement habituel, plus une majoration de 84 % du traitement indiciaire de base pour un congé passé dans les îles du Vent ou Sous-le-Vent, et de 108 % dans les autres archipels. Elle court du lendemain de l'arrivée à la veille du départ. L'indemnité de résidence est suspendue pendant le séjour.